Accéder à la vérité.
Injecter de la vie au théâtre. Faire que ce soit comme
« au cinéma ». Réel. Renaissance. Naissance à soi. Peur du mensonge.

Difficulté
de monter une pièce métaphysique. « La Sauvage », c’est l’histoire
d’une jeune fille qui apprend à savoir ce qu’elle veut, et ce qu’elle ne veut
pas. Cet étrange moment qui rappelle l’adolescence où l’on aime avoir mal « parce
que la souffrance est le seul moyen de se sentir vivant »
Le Bonheur.
Thème philosophique large. Qu’est-ce que le bonheur ? Thérèse
n’accepte pas que tout soit blanc ou noir. Elle est entourée de personnes convaincues
que le monde est bien « tout blanc ou tout noir » Pourquoi ne pas
accepter le bonheur quand on nous l’offre simplement ? Est-ce vraiment une
chance ? 
Difficulté
de monter du Jean Anouilh – trop « à droite », réactionnaire, vieux,
moraliste, dépassé… Qu’est-ce qu’on peut
trouver pour le défendre ? Son œuvre : humaine, trop humaine, vraie,
sans concession, anarchiste, libre.
« La Sauvage » est une pièce sans action. Sans quiproquos, sans obstacles, sans
enjeux. Tout est à trouver, à chercher. Le comédien, par son propre parcours
personnel, par sa sensibilité (son intelligence) doit trouver en lui ce qui
anime le personnage. Ce travail-là a beaucoup influencé nos répétitions. Tout
est écrit et pourtant tout est a réinventer. Insuffler de la vie à des personnages
de papier tout en respectant l’écriture, l’oralité, la pensée de l’auteur – tel
a été notre cahier des charges.
L’écriture
d’Anouilh est incisive, orale ; elle est « action, elle-même »
Je veux
avoir des personnages vrais devant moi ; mon voisin, ma voisine, le
quidam, etc… des «personnages qu’on n’a
pas envie d’inviter chez soi » pour reprendre l’expression de Jouvet. 
« La Sauvage », Thérèse est un personnage poétique et réel. C’est une puissance
de vie. C’est le personnage le plus proche de l’écriture de Giraudoux (auteur
qu’il admirait beaucoup) ; elle est l’anti-Antigone, qui est une force de
mort.
Le théâtre
est un art collectif – Au théâtre rien ne se fait seul. Heureusement. Il faut
un auteur, des comédiens, un directeur (observateur et régisseur de
l’ensemble) ; mais il faut également une équipe technique ; des
décorateurs, une costumière, des techniciens sons et lumières, etc… Comme
Anouilh, j’ai aimé travailler qu’avec des amis. Peu de métiers le permettent et
pour moi, c’est une joie. Etre amoureux
des gens, amoureux des autres, amoureux de soi, amoureux de la vie, c’est se
donner le pouvoir d’être créatif : notre travail est de partager cet amour
à travers des auteurs.
Christophe Truchi
L’AUTEUR :
L’écrivain et dramaturge français, Jean Anouilh, est né à Bordeaux le 23 juin 1910.
En 1923, Anouilh se découvre une passion pour le théâtre alors qu’il étudie au lycée Chaptal. Il est ensuite frappé par les
œuvres de deux personnalités marquantes : Les Mariés de la tour Eiffel de Cocteau en 1921, et Siegfried de Giraudoux en 1928.
Anouilh travaille d’abord dans une agence de publicité, pendant deux ans. A ses côtés, Jean Aurenche, Jacques Prévert. En 1929 et 1930, Jean Anouilh devient secrétaire pour le comédien Louis Jouvet, alors que ce dernier officie à la Comédie des Champs-Elysées. Mais leur relation de travail est très tendue, d’autant que Jouvet sous-estime beaucoup les capacités et attentes littéraires de Jean Anouilh. Après la lecture de La Sauvage, il déclare à Anouilh : « Tu comprends mon petit gars, tes personnages sont des gens avec qui on ne voudrait pas déjeuner ! »
Il faut attendre 1937 pour que Jean Anouilh connaisse son premier véritable succès littéraire, avec le triomphe du Voyageur sans bagage au théâtre des
Maturins.
En 1938, le dramaturge connaît à nouveau le succès avec le Bal des voleurs. La même année est crée « La Sauvage » par le couple Pitoëff.
La pièce sera bien reçu par les critiques de l’époque mais elle sera peu remonté par la suite, car elle est considérée comme une pièce bavard.e C’est le début d’une longue et prolifique collaboration avec André Barsacq, son metteur en scène et conseiller pendant plus de quinze ans.
Anouilh crée Antigone le 4 février 1944, au théâtre de l’Atelier. Sa pièce majeure est inspirée par la situation de la seconde guerre mondiale et de l’Occupation allemande, et n’a jamais cessé d’être reprise depuis.. Si la première représentation est un échec, la postérité en revanche va faire un triomphe à cette pièce, désormais la plus jouée de l’écrivain.
Lorsque la guerre s’achève, Anouilh s’insurge contre l’épuration. Il se joint par exemple à de nombreux intellectuels et célébrités de l’époque (Camus, Mauriac, Colette…) pour sauver Brasillach, et écrit en 1945 : « J’avoue avoir une certaine compassion pour les vaincus et redoute les excès de l’épuration ».
L’écrivain écrit beaucoup dans la période qui suit, et les succès vont s’enchaîner : L’Invitation au château, L’Alouette, Pauvre Bitos ou le Dîner de têtes et Beckett ou l’Honneur de Dieu.
Anouilh meurt le 3 octobre 1987 à Lausanne.

PLUS PARTICULIEREMENT SUR LA SAUVAGE :
« La Sauvage » a été crée au Théâtre des Mathurins, dans une mise en scène de Georges Pitoeff, avec une musique de Darius Milhaud et un décor imaginé par André Barsacq. Les costumes de Thérèse avaient été crées par le célèbre couturier Paul Poiret.
La pièce « exprime parfaitement le génie à la fois sombre et sympathique de M. Anouilh ».
Extrait de l’interview accordée à Paris-Soir, le 10 janvier 1938 : « Demain aux Mathurins La Sauvage de Jean Anouilh »
« C’est l’histoire d’un être qui refuse la facilité de la vie, qui refuse le bonheur. Et tandis que mes héros précédents pouvaient trouver dans la médiocrité de leur entourage un prétexte à cette révolte, l’héroine de la Sauvage, ne puise qu’en elle-même les raisons de son inadaptation au bonheur, avec tout ce qu’il comporte de charmant, de fade et de joli »
